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LE HANDICAP N'EST PAS UNE FATALITE

  • Vie sociale et quotidienne : Vie personnelle et affective
  • Afrique : Congo démocratique - RDC
  • Témoignage

Par diembi le 05/08/2010

 «LE HANDICAP N’EST QU’UN PETIT OBSTACLE DANS LA VIE : ÊTRE ASSIS OU DÉBOUT N’EST QU’UN CHANGEMENT DE POSITION »
Témoignage de Mr Zacharie DIEMBI


Je m’appelle Né DIEMBI Zacharie. Je suis né à Kinsundi au Bas Congo, en R D Congo, en 1944. A l’âge de 14 ans j’étais encore à l’école lorsque je suis tombé du haut d’un cocotier. Je me suis fracturé la colonne vertébrale et cet accident m’a rendu paraplégique. En fauteuil roulant jusqu’en 1981, je vis depuis couché à plat ventre sur un lit roulant.

Au début de l’accident, j’espérais remarcher. De 1960 à 1964 grâce à la générosité de la Congrégation des Sœurs de la Charité, je suis parti en Belgique, d’une part pour me faire soigner et d’autre part, suivre une scolarité chez les frères de la Charité à Gand, où j’obtiens un diplôme de secrétariat.

De retour en République Démocratique du Congo en 1964, je suis engagé au Ministère de l’Information pendant deux ans en tant que rédacteur au Service de la Photothèque de la Radio Télévision Congolaise. L’année suivante, je rencontre un nouveau problème de santé liée à de graves escarres et dois être hospitalisé pendant plus d’une année.

Madame DECRAYE, la fondatrice du CRHP, me contacte pour me proposer un emploi. J’ai hésité, refusant de travailler avec des personnes vivant avec handicap et me disant que je serais mieux ailleurs. Contraint d’être alité, je finis par signer un contrat avec le Centre en 1967 et occuper un poste de Secrétaire Administratif pour commencer.

De 1968 à 2002, je suis chargé de la représentation légale suppléante du CRHP et du Service du Personnel.
Depuis 2002, je suis déchargé de la suppléance de la Représentation légale pour ne garder que la responsabilité du personnel ; ma formation dans l’enseignement supérieur en tant qu’expert comptable, m’a aidé dans mes fonctions. Je suis également cadre en réadaptation professionnelle et réinsertion sociale des personnes en situation de handicap, formé en 1981 – 1984 par le BIT/ PNUD.

Je voudrais par ce témoignage montrer que je suis un homme comme les autres. En effet, en plus de ma grande expérience professionnelle et de mes études, je m’implique dans ma vie personnelle (marié et père de 8 enfants) et associative ainsi qu’à la cause de la personne vivant avec handicap.

Entant que paraplégique depuis bientôt 50 ans, je suis confronté au manque de prise en charge, au Congo, de ces personnes. Pourtant il y a beaucoup d’accidents de la vie courante (chutes dans les chantiers, sports violents, accidents de circulation, etc.) et une fois survenus, les victimes des ces accidents entrent à l’hôpital où ils reçoivent des soins minimums. La plupart des personnes atteintes de paraplégie, de retour dans leurs foyers, sont décimées par les escarres qui sont des infections terribles. Les personnes meurent par manque de soins adaptés car vu la pauvreté des familles, il est difficile d’acheter les fournitures spécifiques telle que les compresses, sparadrap ; Dakin et payer un infirmier qualifié à domicile pour des soins de qualité. D’autres vivent dans des conditions infrahumaines et dorment sur des nattes à même le sol.

Ainsi, avec un groupe d’amis, nous avons mis en place une petite association : « Amicale Congolaise des Paraplégiques » constituée de 4 paraplégiques et des professionnels de santé. Cela a débuté en 1998 mais il faut attendre 2003 pour obtenir les documents officiels qui statuent l’existence de l’association.
Les actions :

- Effectuer un recensement (65 personnes paraplégiques sont membres de l’association) et identification des besoins ;
- Apporter un appui concernant les fournitures nécessaires aux soins médicaux et un infirmier pour les réaliser ;
- Ouvrir une petite structure de prise en charge que le gouvernement intégrerait dans le plan sanitaire des soins des paraplégiques.

En septembre 2007, l’Association a réuni pendant trois jours des personnes paraplégiques, des professionnels de santé ainsi que des encadreurs sociaux et familiaux. Ce projet de sensibilisation avec l’aide de l’Ambassade de Grande Bretagne, devait attirer l’attention du Ministère de la Santé et solliciter son implication, pour ainsi inciter les institutions de santé à intégrer les soins des paraplégiques dans l’activité dans l’activité hospitalière courante dans le pays.

J’ai moi – même connu les difficultés d’intégration mais on s’adapte à tout. Il faut donner à chacun la chance de démarrer quelque part.

Il est vrai que lorsque l’on parle de la prise en charge des paraplégiques, les gens hésitent car c’est un handicap lourd. Une des actions est d’expliquer aux nouveaux « malades » que leur état de santé est peut être irréversible. C’est autant plus difficile lorsque la personne est jeune. Récemment, j’ai rencontré des jeunes de 18 à 27 ans… On a du mal à trouver les mots justes
Le combat, aujourd’hui est d’obtenir un budget de l’Etat car de manière privée c’est impossible de réaliser une action efficace. L’Association est agrée par le Ministère des Affaires Sociales et le Ministères de la Santé.

Le projet pour 2008 est de voir commencer les travaux de construction de cette nouvelle structure de prise en charge. Les matériaux sont entreposés sur le site et nous n’attendons que l’autorisation de bâtir du Ministère de l’Urbanisme et Habitat.

Je serai à la retraite l’année prochaine si mon employeur respecte ses engagements et je souhaite consacrer mon énergie restante aux personnes paraplégiques. L’Amicale a pour vocation de promouvoir des actions de rehabilitation en vue de donner une chance de vie quasi normale aux personnes paraplégiques. Jusque là, l’association a beaucoup de soutien verbal mais les membres espèrent que cela va se concrétiser par des actes.

En fin de compte, Le handicap n’est qu’un petit obstacle dans la vie, être débout ou assis n’est qu’un changement de position. Moi j’utilise son expérience personnelle au profit des autres. Je montre que l’on peut toujours faire quelque chose de sa vie.

Le projet vise donc à donner des soins adéquats à la personne paraplégique et aussi la possibilité d’une formation pour l’intégrer dans la société et en faire un citoyen ordinaire.

« On ne voit la grandeur d’un homme qu’une fois qu’il est à genoux »

Langue d'origine : Français
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