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Témoignage de Mme Adeline Landy, éducatrice spécialisée, Bruxelles

  • Enfance : Apprentissage
  • Europe : France
  • Témoignage

Par Handiplanet le 15/03/2016

Mme Adeline Landy, éducatrice spécialisée en formation à Bruxelles s'est rendu en stage à Cotonou au Bénin après de l'association MIwadagbé. Elle nous fait part de la richesse professionnelle et humaine de son séjour.

 

J’ai effectué mon stage de janvier à avril 2015 à l’association Miwadgbé qui gère l’IME Saint François d’Assise à Cotonou au Bénin. Je m’y suis rendue en tant qu’étudiante éducatrice spécialisée en dernière  année de la haute école Parnasse ISEI à Bruxelles.

A partir de la 3ème année notre école nous permet de partir à l’étranger pour effectuer notre stage de dernière année. Le Parnasse ISEI accepte tout projet motivé et rationnel dans un autre pays mais le département et l’unité internationale nous préviens qu’ils disposent de contact en France, au Bénin, Burundi et au Canada. Pour ma part lors de mes recherches fin février 2014, je me suis concentré sur le Bénin et sur le public de personnes avec une déficience mentale. C’est ainsi que  je suis tombée sur un article d’Handiplanet sur internet qui présentait l’association Miwadagbé. J’ai pu y  lire que l’équipe multidisciplinaire acceptait de travailler avec des stagiaires belges ou français. L’adresse mail de M. Bagan, le directeur de l’IME  figurant  dans  l’article, je lui ai donc envoyé ma candidature.

Sa réponse a été rapide, et début mars, après trois  jours, et celle-ci était positive. Dans ma candidature je lui ai présenté mes motivations à effectuer  ce stage en Afrique. Les deux principales étant ;  premièrement confronter deux réalités différentes car en 2eme année j’avais effectué mon stage dans une école spécialisée pour une période de trois mois. Le handicap mental ne m’était donc pas inconnu. Deuxièmement voir l’impact des jeux de sociétés pour ce type de population.

J’ai fait part de mon projet de stage à Monsieur Bagan lors de nos échanges de mails. Celui-ci était constitué entre autre de mes expériences passées, de mon projet sur place, de mes motivations personnelles, d’un dossier sur le  public cible de l’institution. Par rapport à mon projet sur place j’ai fait part de mon envie de venir  avec un outil, l’outil  jeu de société, mais aussi avec des propositions d’activités ludiques, sportives et de bricolage. Mon projet de stage l’a intéressé. Pour officialisé mon stage  nous avons signé une convention par l’intermédiaire de la coordinatrice internationale de mon école, mon professeur de référence et M. Bagan. 

 

Pendant notre correspondance par mail, nous avons convenu, dès juin 2014, que je serai hébergée pendant les trois mois chez lui auprès de sa famille, car je n’avais pas de contact sur place. Il a trouvé cela plus sécurisant pour moi surtout que je venais toute seule au Bénin.

Ma période d’adaptation a duré une semaine au sein de l’IME. J’étais un peu perdue au début, car j’étais confrontée à la barrière de la langue. Au sein de l’IME, les bénéficiaires ainsi que les professionnels utilisent deux langues locales. L’enseignement se fait en français, langue officielle du Bénin, mais il n’est pas rare que pour expliquer les consignes ils ont recours à d’autres langues parlées. Il y a beaucoup de langues différentes parlées au Bénin (fon, yuruba,...) ! J’ai fait part de cette difficulté  à mon professeur de référence  en Belgique qui m’a encouragé à m’ouvrir et à parler  de cela à l’équipe. Ce que j’ai fait rapidement en réunion. Ils ont alors fait attention à parler plus le français en ma présence ou à traduire systématiquement lorsqu’ils parlaient d’autres langues. De mon côté je n’ai pas hésité à  posé des questions à l’équipe.  En une dizaine de jours j’étais intégrée grâce à leur sollicitude à mon égard.

 

Ma place au sein de l’IME était celle d’une stagiaire, mais pour eux j’étais une professionnelle à part entière. Je pouvais animer certaines activités seule avec les bénéficiaires, assistée d’un professionnel  pour traduire en langue d’usage. Marina, psychopédagogue, était mon maître de stage. Je côtoyais aussi de manière privilégiée une éducatrice spécialisée expérimentée  et un assistant social, en soutenance du diplôme d’éducateur spécialisé. M. Bagan, son secrétaire assistant ainsi qu’une sœur bénévole étaient pour moi des personnes de référence sur place.

Après 3 semaines j’ai pu mettre en place un atelier jeu de société pour les jeunes de l’IME. L’équipe ne connaissait pas l’apport que cela pouvait amener aux bénéficiaires. C’est lors d’une réunion d’équipe, le 21  janvier que j’ai pu leur exposer les bénéfices que  jeux pouvait apporter à notre public, avant de les mettre en place. Pendant ces trois semaines j’ai créé de nouveaux jeux plus adaptés au public, et modifié les règles de certains jeux que j’avais amené avec moi. Mes jeux étaient en effet  adaptés aux personnes atteintes d’une déficience légère, alors que le public sur place était principalement atteint de  déficience moyenne.

J’avais amené le jeu Dubble, le jeu UNO et le jeu Mikado. Au tout début de mon stage, j’ai créé un UNO « voyelles » et un autre « formes géométriques » afin de renforcer et stimuler leurs acquis vus en cours. Par le jeu j’ai pu montrer que des acquisitions pouvaient se faire aussi de manière ludique. Le jeu sous cette forme n’était pas utilisé.

J’avais pris avec moi un jeu que j’avais créé lors de mon stage de deuxième année. Il a nécessité des changements que j’ai faits avant de partir pour correspondre à la culture béninoise. Ce jeu consiste à créer des équipes de plusieurs personnes. En lançant le dé, le joueur tombe sur une carte de couleur rouge ou verte. Suivant les chiffres , 1 2 ou 3 le joueur doit dessiner, mimer ou expliquer le mot sur la carte rouge. Si c’était les chiffres 4 ou 5, le joueur doit répondre à une question de culture générale présente sur les cartes vertes. C’est cette partie que j’ai dû changer après avoir étudié la culture béninoise. 

 

 

 

L’école nous demandait de créer un dossier sur le pays et ses coutumes pour ne pas subir le choc culturel. Malgré cela je l’ai subit. On peut vite se sentir seule, blanche parmi les africains. On peut se sentir déstabilisée par des situations du quotidien. Par exemple il est de coutume de marchander. Ou encore la manière de prendre les repas. Dans les maquis on ne nous donne pas de couverts, mais un pot pour se laver les mains. C’est ce genre de petites choses qui doivent être connues au préalable pour limiter au mieux le choc culturel.

Ces trois mois ont été une expérience très riche. J’ai apporté à l’équipe un petit outil, mais l’équipe professionnelle m’a apporté énormément, tant sur le rôle de l’éducateur que du fonctionnement d’un IME en Affrique. J’ai pu avoir un autre regard sur le métier d’éducateur. Beaucoup de choses s’équivalent dans les deux cultures.  Mais là bas, on se rend compte qu’avec peu de choses, on peut faire énormément.

La première semaine à l’IME, je me suis dit : qu’est-ce que je fais là ! La langue fon et yuruba  était un obstacle. Mais une fois cette question réglée, j’ai trouvé mes marques avec les bénéficiaires. Une personne trisomique, autiste, IMC,  en Afrique ou en Europe va avoir les mêmes caractéristiques. C’est donc assez facile de la comprendre.  Avoir de l’expérience avec cette population est un réel plus pour pouvoir la rencontrer dans la culture Africaine.

Il ne faut pas minimiser les effets de tradition, qui est vivante en Afrique, et à laquelle  les équipes sont confrontées. La religion vaudou imprime une très forte pression sur les familles qui les poussent à soustraire leur enfant  au regard des autres et donc à le désocialiser. Ce qui n’est plus le cas dans les familles de religion chrétienne.  L’IME essaye d’aller au delà de la tradition et de convaincre les familles en proposant des prises en charge adéquates pour ces jeunes.  Pour ma part je n’ai pas été confrontée directement à ce travail avec les familles.

 

Pour conclure, je dirais : « si on a la possibilité de le faire, il faut y aller ». En tant que personne comme en tant que professionnelle, c’est très riche. Cela permet de voir nos capacité et nos limites, de voir une réalité qui parait si lointaine, mais qui est très proche de la nôtre. C’est une expérience qui donne lieu à des rencontres magnifiques qui nous font grandir en tant que personne. Mais pour partir à l’aventure mon conseil est de bien préparer son séjour et de bien connaitre le pays et sa culture.

Adeline Landy

landy_adeline@hotmail.com

 

 

 

Langue d'origine : Français
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