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Accueil L'intégration de deux enfants en milieu ordinaire: le rôle prépondérant de l'auxiliaire de vie scolaire


L'intégration de deux enfants en milieu ordinaire: le rôle prépondérant de l'auxiliaire de vie scolaire

  • Enfance : Intégration scolaire
  • Europe : France
  • Témoignage

Par Karine Racani¨re le 27/12/2010

Introduction

J’ai intégré la fonction d’AVSi en mars 2004, c’est donc relativement récent, et je vais tenter de vous exposer une lecture de mon travail auprès des enfants dont je m’occupe.
Je vais vous présenter l’intégration scolaire en milieu ordinaire de deux jeunes garçons présentant des troubles du comportement, au travers de mes propres observations, de mon expérience sur le terrain et des échanges avec les différentes personnes rencontrées.
 

I Présentation du cadre institutionnel : « l’école ordinaire »

 
1-1 Ecole maternelle LAKANAL : grande section
Cette école compte six classes de la petite section à la grande section maternelle. Le petit garçon dont je m’occupe, nous l’appellerons S., est donc en grande section maternelle, qui dénombre 23 enfants nés en 1999. Les enfants sont répartis dans quatre groupes de niveau homogène. Chaque groupe a sa couleur, ce qui facilite l’organisation de la classe. S. est présent trois demi-journées par semaine : le lundi matin, le jeudi et vendredi après-midi.
Organisation de la classe les jours concernés :
- Lundi matin : le matin (8h30/11h30) est réservé aux apprentissages, le matin est aussi propice à plusieurs rituels : placer son étiquette-prénom, remplir le calendrier, observer la météo …
- Jeudi et vendredi après-midi : l’après midi (13h30/16h30) regroupe des activités plus ludiques, les enfants font des jeux de construction, des puzzles, ils suivent une initiation à l’ordinateur, et participent à des activités qui mettent en jeu leur motricité.
 
1-2 Ecole élémentaire l’Eau Bouillie : cours préparatoire
Cette école compte quatre classes du cours préparatoire au CM2. Le second petit garçon dont je m’occupe, nous l’appellerons D., est au cours préparatoire (CP). La classe présente un double niveau CP /CE1. Les élèves de CE1 sont six, pour la plupart redoublants ou en légère difficulté scolaire. La classe totalise 18 élèves âgés entre 6 et 8 ans.
D. est présent le mardi après midi, le jeudi et vendredi matin.
Organisation de la classe les jours concernés :
            - Mardi après-midi : de septembre à octobre apprentissage et activité physique / de novembre à décembre participation aux cycles (décloisonnement des classes avec activités théâtre, cuisine, poterie …) et apprentissage.
- Jeudi matin : apprentissage et initiation à l’informatique à la bibliothèque de l’école.
- Vendredi matin : lecture et à 9h30 départ pour la piscine Pablo Neruda jusqu’à 11h30.
 
1-3 Les réunions d’intégration
C’est le lieu d’échange établi entre les différents acteurs qui gravitent autour de l’enfant. Les parents sont présents ainsi que les représentants de l’institution scolaire (instituteur, directeur, secrétaire CCPE ) et les professionnels spécialisés (psychologue, orthophoniste éducateur …) et l’AVS, souvent « à cheval entre les trois ».
A l’école maternelle de Lakanal, les réunions ont lieu dans la salle polyvalente sur laquelle donnent toutes les classes. A l’école de l’eau bouillie, elle se déroule dans une petite maison (salle d’accueil) séparée de l’école mais donnant sur la cour. De fait l’ambiance est très différente d’une école à l’autre même si les intentions sont identiques : ajuster nos observations et déterminer les meilleurs choix pour l’enfant.
           
II Présentation et observation de deux enfants « pas ordinaires »
 
2-1 Portrait de D.
D. présente des troubles du langage et de la communication. Il rejoint par-là le coté autistique de son handicap. Comme l’inversion pronominale : D. a du mal à utiliser le « je » il répond souvent à une question en la répétant au lieu d’utiliser le « oui ».Il se sert aussi du corps de l’autre comme prolongement de son propre corps souvent pour se rassurer, quand je lui lis une histoire par exemple il s’assoit entre mes jambes, place le livre devant lui et prend mes mains afin que je tourne les pages ou bien quand il s’agit de montrer du doigt au cours d’un exercice il utilise mon index comme d’un crayon.
Au niveau des interactions sociales avec son environnement, elles sont qualitativement perturbées. D. a du mal à s’adapter aux situations de groupe. Il est souvent en décalage par rapport aux autres enfants car le temps que j’arrive à capter son attention et à lui expliquer ce qu’on attend de lui, il est souvent trop tard. Comme par exemple : deviner le nombre écrit sur la fiche que tient la maîtresse dans sa main, même s’il a la réponse elle ne viendra pas au moment où on la sollicite.
 
2-2 Portrait de S.
            S. est un enfant en effet très actif, il s’ennuie facilement, il faut qu’il trouve de l’intérêt à un exercice pour qu’il le fasse. Son niveau d’attention est faible. Son bureau est impeccablement rangé, il est le seul d’ailleurs à revendiquer un bureau attitré. Il présente des difficultés de langage mais il est pris en charge par un orthophoniste. Il ne sait pas encore écrire son prénom sans un modèle, il sait compter jusqu’à trois.
 C’est un petit garçon espiègle et attendrissant. Le problème c’est qu’il ne tient pas en place. Il résiste mal aux frustrations et retourne toute son agressivité sur lui-même. Il lui arrive de se taper la tête contre la table quand il est anxieux ou bien de se mettre à courir et se jeter par terre. Le plus dangereux pour lui est une tendance au comportement ordalique, il se met en danger volontairement et éprouve une grande satisfaction lorsqu’il « survit » à ses cascades. A mon arrivée le premier jour, S. est monté tout en haut des espaliers (échelle de bois de 2m20 environ) dans le gymnase et il s’est littéralement jeté dans mes bras. Je lui ai dit que c’était très dangereux, qu’il aurait pu se faire très mal mais il m’a répondu avec un sourire de satisfaction non contenu «  t’as vu je me suis pas fait mal, je me suis pas fait mal ! ».
D. présente des troubles du comportement qui s’illustrent par une tendance à l’hyperactivité, un trouble de l’attention, une anxiété à fleur de peau qui semble l’envahir à tout moment.
Le débordement pulsionnel est palpable chez ce petit garçon, il a du mal à tenir en place. Il me faut souvent le contenir physiquement.
S. m’a été présenté comme un enfant instable, hyperactif et surtout se mettant en danger à tel point que ce petit garçon n’a pas le droit de participer aux sorties scolaires et doit rester à l’intérieur pendant les récréations alors que tous ses petits camarades jouent dehors. Cette décision a été prise par l’enseignante et soutenue par la Directrice de l’école.
Il faut dire que S. a sauté par deux fois le portillon et s’est donc retrouvé dans la rue sans oublier la fois où il « s’amusait » à descendre le toboggan la tête en avant les mains dans le dos. L’enseignante a donc décidé, en accord avec la Directrice, de prendre des mesures. Mon arrivée n’a pas changé la règle mise en place et la maman de S. a du mal à accepter que S. soit toujours mis à l’écart des sorties en extérieur malgré ma présence. Si ma présence réduit les risques d’accident (comme sauter le portillon et traverser la rue…) elle ne réduit pas la responsabilité de l’enseignante en cas problème.
2-3 Les familles face au regard de l’autre
« L’enseignante se montre insécurisée par rapport à un enfant qui a beaucoup de difficultés à l’école et avec qui elle ne sait plus que faire. Elle se sent seule dans ses difficultés et pense ne pas pouvoir collaborer avec la mère, avec qui s’établit une relation conflictuelle. En classe, Nicolas prend le rôle de bouc-émissaire, il est là pour faire rire les autres, mais lorsque ceux-ci travaillent, il doit, lui, trouver des jeux pour s’occuper. » [1]
Cette extrait reflète malheureusement la première impression quand aux relations entre l’institution et la famille. La plus part des parents rencontrés, s’ils ne se sentent pas pleinement accueillis, peuvent se retrancher dans un certain mutisme, la peur du jugement vis à vis de l’institution scolaire est présente et c’est tout un travail qu’il faut mettre en place afin d’établir une relation de confiance.
Je pense qu’il y a une conduite à tenir vis à vis des parents celle de ne pas se substituer à eux, de ne les écraser avec notre « savoir » nos « réussites » avec l’enfant. Sinon la notion de rivalité peut s’insinuer au dépend de l’enfant. Une mère (ou un père) peut être blessé(e) par notre discours : « …grâce à moi il sait écrire son prénom il sait compter jusqu’à dix… » oui mais la mère le fait travailler à la maison et c’est grâce à nos efforts conjugués que l’enfant progresse. La famille, la mère, le père sont des partenaires et sont aussi en souffrance il faut les faire exister, les écouter, les valoriser, leur laisser une place.
 
2-4 La relation parent/enfant
Pour D. je n’ai jamais vu que son papa. Le père est très présent et D. ne lui épargne rien. Il est toujours très agité quand il sort de l’école et se met souvent à cracher au visage de son père en guise de retrouvailles. Le père très patient et calme semble être un réceptacle privilégié des angoisses de D. Comment le vit-il ? Je pense que c’est très dur mais c’est un homme pudique qui n’étale pas sa souffrance et reste souriant.
Pour S. je vois régulièrement sa maman avec le nouveau petit frère et le beau-père. S. a aussi son deuxième petit frère qui est en maternelle ainsi qu’une cousine à l’école primaire au dessus de l’école maternelle. Sa tante vient de temps en tant le chercher. S. est affectueux avec les membres de sa famille. C’est un enfant entouré qui semble avoir de bonnes relations avec ses parents au sens large malgré ses difficultés.
 
III AVSi : un rôle, une place à définir et à défendre
 
3-1 Ma définition
Je pense qu’être auxiliaire de vie scolaire c’est être un outil, un soutien permanent, attentif et patient au service de l’enfant sur le terrain, afin de lui permettre l’accès et le maintien dans le circuit scolaire classique.
C’est faciliter son adaptation, l’aider à conserver et acquérir de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences. C’est aussi parfois se faire invisible pour favoriser l’autonomie de l’enfant dans sa vie d’écolier.
L’AVS a une fonction de « passeur » auprès de l’enfant. Il s’agit de permettre le relais l’accueil, la séparation entre les différents espaces de vie (famille / école /hôpital de jour …).C’est mettre l’enfant en relation avec son environnement.
«  L’intégration c’est une procédure dont le respect doit conduire au succès escompté d’un individu sur lui-même et sur les autres. »[2]
 
3-2 Adaptation à l’environnement et à l’enfant
Cette fonction étant relativement nouvelle chaque arrivée dans une classe est différente. On ne sait jamais si l’on est bien perçu, accepté par l’enseignant mais aussi par l’enfant.
Au niveau des enseignants je n’ai pas de difficulté à communiquer et à travailler, la seule différence notable est le degré d’implication de l’enseignant par rapport à l’enfant en contrat d’intégration, celle-ci étant plus ou moins subie. La plupart du temps l’enseignant n’a pas assez de temps à accorder à l’enfant accueilli et décharge tout sur l’AVSi qui rappelons-le n’est pas apte à enseigner, je ne sais pas comment apprendre à lire à un enfant de six ans, alors comment faire ?
Je pense qu’il faut d’abord observer l’organisation de la classe, suivre le rythme de l’enseignant, s’intéresser à son programme pour permettre à l’enfant d’en faire autant.
Il faut bien sur s’adapter à l’enfant c’est à dire à son niveau, avoir des attentes certes mais faire attention à ne pas fixer des objectifs trop élevés car notre déception n’est rien à coté de celle des parents qui tous les jours me demandent « alors ça c’est bien passé ? Vous savez en ce moment à la maison c’est dur… ». C’est dans ces petites phrases dites entre deux portes, dans ces échanges fugaces et informels que je tisse du lien avec les familles et où je sens souvent l’inquiétude et les attentes des parents.
 
3-3 Etre AVSi auprès de D. et S.
Avec D. au CP j’essaye au maximum de l’intéresser à la classe je dois le contenir en quasi-permanence mais depuis le début de l’année j’ai pu noter des améliorations dans son comportement.
 Il n’y a pas encore de progression flagrante dans les apprentissages mais D commence à apprécier de tenir un crayon et d’exécuter des gestes de graphie simple tels que les ronds ou d’écrire son prénom sans finir par écraser brutalement son crayon sur la feuille. Il peut aussi jouer tout seul dans la classe dans le calme et toujours après avoir travaillé un minimum avec moi. Le fait qu’il reste dans la classe comme chaque élève est aussi un progrès, nous n’avons plus à sortir de la classe afin qu’il se « détende », il nous suffit de nous isoler au fond de la classe quand l’angoisse est  trop grande ou pour canaliser son attention sur un exercice.
Avec S. au niveau de son comportement j’essaye au maximum de le stabiliser. La classe est assez bruyante et cela « l’excite » j’ai remarqué qu’il pouvait être très calme quand il est au calme justement. Il y a un ordinateur dans une petite pièce attenante à la classe. S. adore jouer sur l’ordinateur (programme de coloriage). Nous avons tous les deux fixé des règles qu’il commence à suivre malgré son impatience devant la machine. Ces règles sont simples : être patient, ne pas allumer ou éteindre l’ordinateur sans la présence de l’adulte, jouer à condition d’avoir travaillé auparavant.
            Après une phase d’environ quinze jours, où l’on a appris à se connaître, j’ai décidé de réintégrer progressivement S. en récréation, j’ai prévenu l’institutrice. La première fois, le dernier quart d’heure de récréation, S. a pu, à condition qu’il reste « vissé » sur son vélo, pédaler où bon lui semblait dans la cour. Le quatrième jour, sans le vélo, S. a pu remonter sur le toboggan, il était très content et en a fait part à sa maman.
J’ai réintégré S. aux récréations parce que je lui faisais confiance, il était très peiné d’être à l’écart et il avait conscience qu’il n’y avait qu’une solution pour sortir c’était de jouer calmement avec les autres enfants. Nous avons fait un compromis : je décidais de la durée des récréations en fonction de son degré d’agitation, s’il était trop énervé nous finissions dans la classe non pas pour le punir mais pour jouer sur l’ordinateur, en récréation la consigne était qu’il fasse du vélo (il était plus facilement repérable). J’espère d’ici Noël lui faire écrire son prénom sans modèle et qu’il sache compter jusqu’à cinq sans hésitation.
 
3-4 Stigmatisation et contrainte administrative
Malgré la bonne volonté de chacun, l’intégration reste difficile pour D. comme pour S. Le handicap est stigmatisant et  isole les enfants ou perturbe le bon déroulement de la classe et donc la qualité de l’enseignement.
Dans la classe de D. deux garçons ont du mal à contenir leurs rires ou moqueries vis à vis de D. ils l’incitent à crier ou cracher sans se douter des perturbations que cela engendre (angoisse croissante de D., perte de temps pour retrouver le calme dans la classe d’où perte de temps pour l’institutrice et les élèves...). Pour S. c’est encore plus difficile, malgré ma présence et en raison de son comportement hyperactif et dangereux pour lui-même le petit S. ne peut participer aux sorties scolaires, l’institutrice ne voulant pas prendre cette responsabilité…
Au niveau de la contrainte administrative, le fait de se partager entre deux enfants a eu des conséquences sur la mise en place des emplois du temps. Lors de la réunion d’intégration nous avons aménagé l’emploi du temps de D. sur mesure, ses 9h d’AVS étaient réparties sur quatre demi-journées (précisément les quatre matinées). Mais les demi-journées restantes ne correspondaient pas avec l’emploi du temps, déjà très chargé, de S. Un nouvel emploi du temps nous a donc été imposé par l’AIS (Adaptation Intégration Scolaire) ramenant les 9h d’AVS de D. sur  trois demi-journées d’école et non quatre comme prévue à la réunion d’intégration.
 
Conclusion
Arrivée presque au terme de cette année scolaire, un bilan s’impose. Ces deux petits garçons ont, je pense, tiré bénéfice de leur maintien en milieu ordinaire. Chez S. les moments d’agitation sont présents mais sont moins fréquents et il ne se met pratiquement plus en danger. Certains gestes d’auto-agressivité se sont atténués (il ne se cogne plus la tête contre la table quand il se trompe dans un exercice, il sait qu’il a le droit de se tromper). S. a fait de « gros » progrès : il sait compter jusqu’à dix et fait bien le lien entre la comptine des chiffres et le fait de compter réellement, il écrit son prénom et s’applique, il semble prendre du plaisir à travailler et surtout il n’est plus isolé. En réintégrant tous les espaces de l’école (classe et cour de l’école) S. a pu facilement se faire des amis et même avoir une « amoureuse », cela peut paraître bénin mais cela a apporté beaucoup de joie à S. mais surtout à sa maman qui souffrait de la mise à l’écart de son fils.
Pour D. il existe toujours des difficultés à verbaliser ses frustrations ou ses désirs, ce qui aboutit toujours à des comportements hétéro et auto-agressivité (D. se tape le visage ou tape le premier enfant qui passe à portée). Tout en anticipant son geste, il anticipe notre parole et dit par exemple « il ne faut pas cracher »  et se met à cracher. Il connaît les interdits mais ne peut encore s’empêcher de les braver mais il nous prévient de ses débordements. D. est en progrès, il utilise de plus en plus le « je » comme « je veux boire » ou « je suis fatigué ». Il peut jouer toute la récréation avec le ballon de rugby, que lui a acheté son père, seul ou avec des camarades dans des jeux ou les autres enfants s’adaptent au niveau de D. et l’encouragent.
De mon coté j’espère avoir moi aussi fait des progrès. J’ai essayé au cours de cette année de créer du lien, du sens autour de ces deux enfants pour qu’ils se sentent moins parachutés qu’accueillis dans ce lieu parfois éprouvant car exigeant qu’est l’école.
Langue d'origine : Français
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