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Un dispositif d'insertion professionnelle efficace pour les personnes sujettes aux troubles psychiques, ESAT Jean Caurant, Association EHS, France.

  • Travail et activité : Insertion professionnelle
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par Katia Zeggane le 04/04/2011

Un ESAT à vocation spécifique : accompagner des personnes sujettes à des troubles psychiques vers une insertion professionnelle en milieu ordinaire.

 

 

Contexte

 L’association Espérance Hauts de Seine a été fondée en 1982 par un groupe de parents, dans le but de créer des formes d’accueil alternatives à l’hospitalisation psychiatrique chronique. En 1984 le centre Jean Caurant, dédié à l’insertion sociale et professionnelle, a vu le jour à Bagneux. Il regroupe deux structures : un foyer d’hébergement et un ESAT.

 Depuis 1984, l’Association Espérance Hauts de Seine a toujours essayé de répondre aux nombreux besoins correspondant à la diversité des profils psychiatriques rencontrés à travers tout le  département. Elle a été en quelque sorte l’innovatrice dans la création de structures répondant aux besoins spécifiques des personnes sujettes à des troubles psychiques. Il s’agit là uniquement de troubles psychiatriques, psychiques et non de déficience intellectuelle. Employant environ 125 salariés et accueillant 350 usagers, l’Association dispose d’une dizaine de structures dans le département.

 Quatre domaines d’intervention peuvent être répertoriés au sein de l’Association:

- le logement (foyers d’hébergement, foyers d’accueil médicalisé, appartements associatifs et résidence d’accueil),

- l’accompagnement (Service d’accompagnement à la vie sociale = SAVS et service d’accompagnement médico-social et d’aide aux handicapés = SAMSAH)

- l’emploi (ESAT, en l’espèce 43 places réparties sur trois activités = restauration, espaces verts, tertiaire)

- l’entraide (les Groupes d’entraide mutuelle = GEM,  90 places. Ils ont été mis en place bien avant que l’Etat ne s’en préoccupe. Ce sont des structures non médicalisées et gérées par les usagers)

 

Une vocation particulière : l’insertion en milieu ordinaire

 

L’ESAT a une vocation spécifique qui est celle d’accompagner des personnes sujettes à des troubles psychiques vers une insertion professionnelle en milieu ordinaire. 95% d’entre elles souffrent de schizophrénie, mais sont stabilisées.

Le foyer, créé en même temps, est également axé sur l’insertion sociale en milieu ordinaire, mais l’accompagnement est plus accentué : il s’agit en l’espèce d’aider les personnes à acquérir une autonomie et un logement indépendant. L’ESAT et le foyer travaillent sur la base d’un parcours  d’insertion de 3 ans, allant de l’élaboration du projet jusqu’à sa concrétisation, l’insertion en milieu ordinaire.

 L’ESAT Jean CAURANT diffère donc des ESAT classiques puisqu’il n’a pas vocation à accueillir de façon permanente les travailleurs. Dans les ESAT classiques, les personnes embauchées le sont généralement jusqu’à l’âge de la retraite. En effet, l’accent est vraiment mis sur le dispositif d’insertion professionnelle. Les travailleurs souhaitent trouver ou retrouver un emploi en milieu ordinaire. Pour cela, ils doivent avoir un projet bien défini.

 

Un projet individualisé parfaitement défini

Les candidatures des personnes sont reçues par courrier, et constituées d’un CV, d’une lettre de motivation et d’une orientation professionnelle notifiée par la MDPH.

3 phases sont essentielles :

-          un entretien de présentation : Il s’agit d’une présentation réciproque, la personne vient présenter son projet et nous lui exposons le déroulement de son parcours, l’accompagnement dont elle va bénéficier tout au long de ces 3 ans.

-          Un entretien médical : la personne s’entretient avec le psychiatre afin de vérifier la disponibilité psychique nécessaire pour réaliser son projet.

-          Puis nous leur proposons une période de contact de 15 jours dans l’atelier de leur choix. Elles peuvent ainsi se rendre compte de l’activité, du fonctionnement. Un bilan est réalisé à l’issue de la période, et si celui-ci est positif, elles sont libres de poursuivre ou d’arrêter, sachant qu’après l’embauche, elles bénéficient encore d’une période d’essai de 6 mois leur laissant la possibilité d’arrêter si elles ne sentent pas capables d’assumer un tel poste. Nous avons donc, en quelque sorte, un fonctionnement similaire à celui d’une entreprise classique.

 Nous tenons compte de l’expérience, des capacités, et de l’évolution de la personne. Nous travaillons le projet professionnel afin d’accompagner au mieux les travailleurs dans sa concrétisation. L’accompagnement se fait donc de façon personnalisée, individualisée.

 Le projet, défini dans les trois mois suivant l’admission, peut faire l’objet de réajustements grâce aux évaluations. La première évaluation a lieu 3 mois après la signature du contrat, puis tous les 6 mois. Une grille d’autoévaluation permet à la personne de s’auto-évaluer et de prendre conscience de ce qu’elle doit améliorer, ainsi que des domaines dans lesquels elle a progressé. Le moniteur remplit également cette grille, puis nous effectuons une synthèse des deux, afin de dégager des objectifs de travail pour arriver à progresser, et mettre l’accent sur les points encore un peu sensibles.

 

Des stages et expériences en milieu ordinaire dès les 6 premiers mois

            Pour mieux les préparer, nous leur proposons au bout de 6 mois (d’où l’importance des évaluations) des stages ainsi que des expériences en entreprise classique.

Les stages sont censés leur servir à compléter les techniques et compétences nécessaires pour les métiers auxquels ils se destinent. En tertiaire, il peut s’agir par exemple de travaux de publipostage, d’archivage, de classement, de lettres et comptes rendus à taper, etc. Les stages sont généralement proposés aux personnes encore fragiles, peu confiantes, sur la base d’une convention tripartite (ESAT, entreprise et travailleur).

Pour les plus opérationnelles, les expériences en milieu ordinaire sont préférées et s’effectuent sur la base de contrats de mise à disposition (CMD), il s’agit là encore d’une convention tripartite entre l’ESAT, l’entreprise classique et le travailleur, qui est détaché auprès de cette dernière. Lorsque les personnes sont à l’aise, il est tout à fait cohérent de les mettre en situation réelle de travail. Plus elles auront d’expérience en entreprise classique, plus elles seront préparées pour la sortie définitive du milieu protégé. Il y a très peu de refus de la part des travailleurs concernant ces expériences en entreprise classique.

 

Un dispositif bénéfique à la fois pour l’entreprise et pour le travailleur

 

L’entreprise est bénéficiaire à tous les points de vue : L’ESAT paie les charges et ne facture que du net. Les personnes sont assidues, responsables et très compétentes. Les travailleurs restent sous la responsabilité de l’ESAT. C’est une bonne façon pour l’entreprise de tester la personne et celle-ci, peut réciproquement voir si le poste lui correspond et si elle s’adapte de façon satisfaisante.

Cette formule rassure d’une part les travailleurs, qui sont toujours liés à l’ESAT, mais aussi l’entreprise. La schizophrénie peut, malheureusement, encore faire peur, surtout avec ce que l’on entend dans les médias. Mais les personnes de l’ESAT sont stabilisées et le service insertion n’admettra jamais une personne dans le déni, refusant de reconnaître sa maladie, n’étant pas autonome, étant très fluctuante dans la prise de son traitement, ou n’ayant pas de continuité de soins avec son psychiatre.

En effet, le suivi médical doit se poursuivre afin que ces personnes puissent accéder à une vie normale, ce à quoi elles aspirent toutes. La réussite du parcours passe évidemment par la continuité des soins, et ce tout au long de la vie. Seule une stabilisation permet de mener une vie ordinaire. Les dysfonctionnements ou, encore plus graves, les arrêts complets des traitements, entrainent forcément des rechutes. Nous avons déjà été confrontés à cela : des personnes avaient arrêté leur traitement après avoir été insérées en milieu ordinaire, pensant être totalement guéries du fait de ce retour à l’emploi.

 

A la fin du parcours de 3 ans, rupture du contrat avec l’ESAT et insertion dans l’entreprise

 

Au bout des 3 ans, le contrat avec l’ESAT est rompu, sans pour autant couper tous les liens : la loi du 11 février 2005 oblige l’ESAT à poursuivre l’accompagnement pendant une période d’un an. Certaines personnes auront plus besoin de ce suivi que d’autres. Nous prenons alors des nouvelles, le plus souvent autour d’un café, afin de faire le point. Les personnes savent qu’elles peuvent nous appeler en cas de souci avec leur hiérarchie ou l’organisation du travail. Nous les conseillons afin qu’elles puissent se maintenir dans leur emploi.

Lorsque l’insertion n’a pas pu avoir lieu, nous  réorientons la personne vers un ESAT classique, pour du long terme.

 

Moyens

 

Au plan humain

Le personnel de l’ESAT accompagne 43 travailleurs et est constitué de 2 personnes travaillant au service insertion, d’un chef d’atelier, d’un psychiatre à mi-temps, d’un directeur, des moniteurs d’ateliers.

Au sein des ateliers, une assistante de direction prépare aux métiers d’employés de bureau ; un professionnel des espaces verts accompagne sur l’acquisition des techniques du métier de jardinier en passant de l’entretien à la création. L’atelier restauration, employant 20 travailleurs bénéficie d’un chef gérant ainsi que de 3 moniteurs - chefs cuisiniers, l’un d’entre eux ayant des compétences plus poussées concernant le métier de serveur. Il travaille donc plus avec ceux qui souhaitent être serveur ou chef de rang. Mais pour autant les autres métiers de la restauration ne sont pas laissés pour compte : économe, plongeur, etc…

Au plan financier

Le Conseil général et l’Agence Régionale de Santé financent l’ESAT. La ville de Bagneux accorde également des subventions.

 

Evaluation

Ce dispositif d’insertion nous permet d’avoir du turn-over positif avec de nouvelles personnes qui nous rejoignent, d’autres qui réalisent leurs projets et s’insèrent en milieu ordinaire…il y a là une véritable dynamique qui se crée. En tant que professionnels, nous n’avons pas le sentiment d’effectuer un travail routinier.

Les retours dont nous bénéficions sont vraiment positifs. C’est très gratifiant pour nous, professionnels, d’arriver à des insertions réussies. En 2010, 5 ont été réalisées et 15 réorientations en ESAT classique ont eu lieu.

Nous ne pouvons pas garder des personnes et les illusionner, les confiner dans une sorte de cocon qui ne rejoint en rien la réalité. Mais travailler en milieu ordinaire demande des capacités et de la motivation. Une personne peut tout à fait ne pas être prête pour cela, d’où les réorientations faites en ESAT afin de laisser plus de temps pour travailler le projet. De même, il arrive parfois que la priorité ne soit pas l’insertion mais le soin, et le renforcement de la stabilisation des personnes.

Les publics accueillis ne permettent pas d’être sûrs à 100%, en raison de ce côté imprévisible dû aux fluctuations de leur maladie. De même lorsque le suivi médical est chaotique, ou la prise de traitement aléatoire, les répercussions sur le travail et donc sur l’insertion se font ressentir.

A noter que depuis mai 2009 et jusqu’au 31 décembre 2011, une Passerelle PASSMO est mise en place pour encourager les entreprises à embaucher des personnes handicapées. L’entreprise obtient ainsi 27 000 euros, bénéficie d’une exonération de charges ainsi que d’une prime d’insertion versée également au travailleur handicapé. L’ESAT perçoit quant à lui une prime de 5000 euros pour toute insertion en milieu ordinaire. La tendance parait donc assez claire: l’Etat cherche à inciter les ESAT à se diriger de façon plus poussée vers l’insertion des travailleurs handicapés en milieu ordinaire.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Langue d'origine : Français
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