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Accueil SRA La Houblonnière Rouveroy - Le Brasier - ACIS asbl Suivi bucco-dentaire en accueil résidentiel : actions de long-terme, solutions multiples et partenaires motivés, La Houblonnière, Belgique
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SRA La Houblonnière Rouveroy - Le Brasier - ACIS asbl
  • 33, rue Sainte-Barbe 7120 ROUVEROY Belgique
  • 0032(0)64.31.16.56
  • severine.desmarets@nullacis-group.org
  • Isabelle Dagrain
  • isabelle.dagrain@nullacis-group.org


Suivi bucco-dentaire en accueil résidentiel : actions de long-terme, solutions multiples et partenaires motivés, La Houblonnière, Belgique

  • Santé : Santé au quotidien
  • Europe : Belgique
  • Fiche d'expérience

Par Isabelle Dagrain le 04/07/2014

Plusieurs bénéficiaires n’acceptent pas les soins ; La Houblonnière a mis en place un suivi pour que les résidents s'approprient les interventions et le suivi bucco-dentaire, grâce à une collaboration avec les médecins et des organisations partenaires :

1. La Houblonnière, service résidentiel et activités ouvertes sur la commune

Le Service Résidentiel pour Adultes La Houblonnière se situe dans la campagne à Rouveroy, petit village près d’Erquelinnes (centre de la Belgique, près de Mons et Charleroi).

Deux éducatrices exerçant pour l’une sur l’unité d’hébergement et pour l’autre à l’atelier de jour, reviennent sur le suivi bucco-dentaire des usagers de leur service.

L’équipe d’hébergement et l’équipe de jour sont distinctes mais travaillent en forte collaboration.

Le centre d’hébergement est constitué de chambres individuelles (avec une salle de bain pour 2 personnes) et de quelques chambres doubles. A l’étage, des chambres de couple accueillent des couples qui cohabitent ou sont fiancés ; les salles de bain avec baignoire et/ou douches et lavabos, communes, sont accessibles avec l’éducateur. Quant aux chambres individuelles, elles possèdent un lavabo individuel.

Les chambres sont très bien équipées au niveau des sanitaires.

Les soins bucco-dentaires en collectivité impliquent de trouver des astuces pour ne pas se tromper de brosse à dent !

 

Les ateliers de jours du service offrent des activités très variées. L’organisation a pour projet d’offrir un cadre de vie sécurisant, tant au  niveau matériel qu’au niveau affectif, pour que puisse s’épanouir le résident ; le travail se fonde sur les projets individuels, relus tous les 6 mois et retravaillés si nécessaire en fonction de la personne.

La Houblonnière s’inspire du principe de la normalisation qui consiste à rendre la vie bénéficiaires le plus proche de la normale possible, au travers des contacts extérieurs, d’activités sportives, d’un rythme composé de jours de travail et jours de repos,…

Le service, s’inscrivant continuellement dans une démarche d’amélioration de la qualité de l’accompagnement, accueille 35 personnes : un public mixte adulte, avec handicap léger, modéré ou sévère, et troubles associés (épilepsie, vieillissement, sensoriel de type malvoyant ou mal entendant) ; ces personnes sont demandeuses d’un service résidentiel (preneuses du projet à leur arrivée). L’âge des bénéficiaires : à partir de 18 ans, le plus âgé ayant 67-68 ans.

 

Le service consiste en un hébergement non médicalisé et travaille par conséquent beaucoup avec des intervenants extérieurs ; le médecin coordinateur vient une fois par mois en réunion, les médecins traitants viennent sur place régulièrement (renouvellement des prescriptions, suivi) et un médecin psychiatre exerce pour le service, mais la plupart des consultations et  tous les rendez-vous ont lieu à l’extérieur.  L’infirmière du Service coordonne tous les rendez-vous médicaux et tient à jour les dossiers médicaux des bénéficiaires.

La trentaine d’activités du centre, inscrit à la FEMA (fédération sport adapté ; kayak, natation, handball, volley, basket, escalade, foot,…) se caractérise avant tout par un important volet sportif : 1 éducateur se consacre essentiellement à ces activités. Par ailleurs, plusieurs activités se déroulent autour d’une mini-ferme ; des enfants y sont accueillis en stage, font des ateliers artistiques avec les bénéficiaires. Des classes peuvent être accueillies sur 1 journée. Enfin, ce sont des activités autour des aînés (rencontres avec des ‘homes’ [maison de retraite] pour personnes âgées, invités pour le goûter, etc.) et des activités centrées sur la détente (Snoezelen, massages, prendre soin de soi, esthétique), du théâtre, etc.

La finalité des pratiques de suivi bucco-dentaire

Comment faire pour que les résidents se lavent mieux les dents, ou n’oublient pas de le faire ? Comment palier aux problèmes de caries, éviter les détartrages systématiques, ou encore faire accepter les soins par le bénéficiaire ?

Le lavage des dents donne souvent lieu à des oublis, ou est mal pratiqué, ce qui implique des caries ou un besoin demande de détartrage trop fréquent ; plusieurs bénéficiaires n’acceptent pas les soins ; il est nécessaire de trouver un dentiste spécialisé, très doux, qui puisse endormir localement, assisté d’un professionnel caressant les cheveux et calmant le bénéficiaire. Il est préférable de ne pas devoir procéder à ces soins dentaires trop souvent.

 

Les personnes bénéficiaires du service résidentiel n’ont en général pas d’attente dans ce domaine, elles ne se rendent pas compte. Parmi elles, certaines personnes n’ouvrent pas la bouche chez le dentiste, et doivent donc recevoir les  soins sous anesthésie générale… Il est difficile de faire prendre conscience aux personnes les plus démunies de la nécessité de l’hygiène bucco-dentaire et des soins. Pour les autres, l’haleine est un levier, car cela devient gênant pour eux.

Les familles des bénéficiaires étaient également insatisfaites de cette situation.

Pour nous, l’équipe de la Houblonnière, l’objectif du suivi est que les bénéficiaires acquièrent l’autonomie, le réflexe de cette hygiène, avec un brossage 2 fois par jour (3 fois étant plus compliqué en raison de l’organisation du dîner, des activités sur l’extérieur,…).

Les craintes et freins à ces pratiques de suivi étaient de ne pas savoir par où commencer, avec le risque d’aller trop vite, sans trouver la bonne méthode, et que cela n’ait pas de résultat. Nous devions dépasser le « one shot » (temporaire), l’action pour l’action, et réussir au contraire quelque chose de durable.

 

3. Le processus de suivi par ateliers de groupe coordonnés

 

Il y a environ 2 ans d’abord, quelques bénéficiaires se lavant moins bien les dents ont été ciblés, par un travail éducatif essentiellement. Ce travail posait encore en questionnements : 1 éducateur mettait en place un petit tableau, choisissait 2 bénéficiaires par semaine, et donnait lieu à un engagement mutuel, l’éducateur s’engageant à faire attention, et le bénéficiaire s’engageant à faire l’effort, être ‘champion’ du brossage ; l’envie d’être choisi, et l’outil d’émulation (une photo) stimulait la personne.

Puis, une rencontre a eu lieu avec l’OSH - Observatoire de la Santé du Hainaut, qui travaille en Belgique pour une promotion de la santé tous azimuts dans cette province (en région wallonne), dont une équipe est venue à l’établissement. Travaillant aussi sur le tabagisme, ils souhaitaient rendre accessible leur sensibilisation dans des campagnes télévisées, et ont manifesté un intérêt pour trouver d’autres pistes de promotion de la santé accessible. En mai-juin 2012, l’OSH a donc apporté à La Houblonnière des questionnaires sur l’hygiène de vie et d’autres thèmes, et il en est ressorti deux axes sur lesquels travailler : l’hygiène corporelle (vestimentaire : quand se changer, comment par rapport au temps) et l’hygiène bucco-dentaire ; le tabagisme a été mis de côté, l’équipe gérant l’approvisionnement en cigarette et régulant ainsi les consommations.

Ensuite, plusieurs réunions et discussions sur les possibilités d’amélioration de l’hygiène ont permis de transmettre des informations au service, et de faire appel à l’Asbl « Un sourire pour tous » (http://unsourirepourtous.skyrock.com/) qui a mis à disposition sa mallette contenant une mâchoire et une brosse à dent géantes, des pastilles colorantes pour révéler la présence de tartre, des vidéos explicatives avec des comtes (Cendrillon aux dents blanches car elle ne mange pas de sucrerie), des photos réelles (et non des dessins), accessible et s’adressant aux adultes.

Pour présenter la mallette, un rendez-vous a été pris avec un dentiste, qui est venu toute une matinée pour expliquer l’importance du brossage des dents ; la veille, les bénéficiaires et l’équipe ont visionné les cassettes (vidéo et explication sur comment se brosser les dents). Le jour du rendez-vous, le dentiste a reçu les bénéficiaires par petits groupes, pour des sessions questions–réponses–explications sur le brossage de dents : le dentiste intervenait, informait, conseillait.

 

Après cela, un atelier de brossage des dents réfléchi à l’avance avec l’OSH, a été mis en place, l’OSH fournissant son aide pour les supports et l’organisation. L’atelier a lieu le lundi matin de 10h30 à 12h ; en support, une cassette vidéo tourne, des dépliants sont à disposition, parfois est contée une histoire, et chacun se brosse les dents, avec l’éducatrice qui vérifie pour chacun si cela a été bien fait. Une fois sur deux, des dessins sont faits sur le thème, avec les modèles des dépliants donnés par l’OSH ; ensuite, un album va être constitué par le service.

Un atelier compte 6-8 personnes. Quand l’autonomie est acquise, le groupe change. Un même groupe atelier reste pendant plusieurs semaines.

 

Dans l’activité du SRA (hébergement – Service Résidentiel pour Adultes), l’éducatrice Sophie travaille sur l’hébergement ; et Mélanie, qui anime l’atelier en journée, vérifie si le brossage est correct puis fait un compte-rendu à Sophie indiquant les personnes avec lesquelles être plus attentif le soir lors du brossage.

 

Aujourd’hui, nous brossons nous-mêmes les dents de deux personnes en particulier. Néanmoins, celles-ci sont désormais très contentes de venir se brosser les dents.

Lavabo photo La Houblonnière ACIS

4. Les moyens et les partenaires

 

Sur le plan humain :

- 2 personnes de l’OSH
- En interne, les chefs éducateurs de l’équipe de jour et de l’équipe hébergement (Isabelle Dagrain), et les éducatrices de chaque service
- Recours au dentiste, qui a participé comme bénévole ; ensuite, les bénéficiaires l’ont remercié en lui adressant une carte.
- L’Asbl Un sourire pour tous (emprunt de la mallette ; elle est mise à disposition de nombreux organismes, dont les écoles, sur 7-10 jours ; elle a été demandée 2 fois par la Houblonnière : une pour l’équipe et le dentiste, puis l’autre pour les bénéficiaires).

Sur le plan financier : Le suivi est réalisé avec les ressources propres du centre.

Sur le plan technique et matériel : Les gobelets et les brosses à dent ont été renouvelés pour être plus attractifs, avec des couleurs différentes, pour que les bénéficiaires ne se trompent pas. Le service a procédé à l’achat des cassettes vidéo explicatives.

 

5. Le suivi bucco-dentaire, ou l’autonomie du réflexe – Faire bien pour soi

 

Les objectifs que nous avions au départ ont été atteints, excepté pour 2 personnes pour qui une autre solution a été mise en place : c’est à l’infirmerie – au moment des soins (fiches techniques, médicaments, sirops à donner…) que se fait le brossage des dents et un bain de bouche.

A l’avenir nous souhaitons que chacun des bénéficiaires ait sa brosse à dents électrique.

Notre équipe a conscience que les résultats de ce suivi de l’ensemble des bénéficiaires ne sont pas pérennes ; si l’attention est relâchée, la qualité de l’hygiène risque de retomber. Nous envisageons de répéter la venue du dentiste, ou d’organiser un déplacement du centre et de ses bénéficiaires en groupe chez le dentiste, pour que les acquis du suivi restent en mémoire des bénéficiaires.

 

Les personnes bénéficiaires n’étaient pas spécialement demandeuses avant ; aujourd’hui, elles sont très fières du résultat, surtout lorsqu’elles l’annoncent au dentiste. Les familles voient déjà une amélioration, et nous entendons des retours positifs. Certains sont bien plus autonomes pour l’hygiène désormais. Pour l’équipe, c’est plus agréable, en termes d’haleine notamment.

Notre établissement a été invité aux journées de l’OSH pour expliquer l’action mise en place en partenariat.

 

Les principales difficultés pour réaliser ce parcours ont été surtout pour la coordination des agendas de toutes les personnes impliquées. Avec de l’organisation et une équipe motivée, cela peut vraiment fonctionner. Au départ, l’éducatrice qui a lancé le projet était très motivée, avec une personne de l’équipe preneuse aussi en accueil de jour. Il a fallu faire face à la longueur du processus, au risque de lassitude. Ce n’est pas facile au début, c’est seulement ensuite que l’on voit le positif. L’OSH a été très présent, et le dentiste bénévole a été remarquable, amenant de grands progrès.

Les rendez-vous et les soins chez le dentiste :

  • Pour une personne, cette action a été comme un miracle : se lavant les dents depuis longtemps, elle était habituée mais ne le faisait pas très bien ; aujourd’hui, elle accepte d’ouvrir la bouche chez le dentiste, alors qu’avant on procédait de suite à l’anesthésie générale.
  • Pour une autre personne, on peut laver désormais ses dents, ce qui est déjà une amélioration. En raison d’autres difficultés (troubles associés, surdité, communication non verbale, impliquant crachats, vomissements et problèmes d’estomac, et dents frottées l’une contre l’autre), ses dents sont fortement abimées. Des soins dentaires ne sont pas envisageables sans anesthésie générale. L’on a trouvé des médecins qui acceptent d’intervenir le même jour au même moment pour tous les soins : arracher une dent, contrôler les oreilles, prise de sang,… avec une seule anesthésie d’un coup. C’est un sérieux défi pour l’infirmière qui doit coordonner les plannings de tous les médecins !
  • Une autre solution a aussi été apportée, grâce aux relations de la famille d’un bénéficiaire : pour les interventions lourdes, est sollicité un excellent dentiste d’un hôpital travaillant, avec son assistante, avec des gaz hilarants, qui aident à détendre le bénéficiaire ; massage des mains, caresse des cheveux, sont autant de détails qui permettent d’éviter de mauvais rapports et accidents (matériel cassé) qui pouvaient avoir lieu avec d’autres dentistes moins attentionnés.
    Beaucoup de dentistes n’acceptent encore pas les bénéficiaires les plus turbulents, ni ceux qui ont peur, et ne prennent pas le temps de rassurer la personne soignée.
  • Enfin, une dernière solution pouvant être mise en place est d’aller avec la personne à 2-3 rendez-vous où il ne se passera rien, l’on demande seulement à la personne d’ouvrir la bouche. Avec la confiance installée, les rendez-vous suivants pourront permettre l’intervention. Ce n’est cependant pas une solution qui conviendra à tous les bénéficiaires.

 

Ce type de suivi est tout à fait reproductible : s’il est en apparence fastidieux, ce suivi sera un vrai succès avec de bons partenaires, bien organisé et bien planifié. Nous ne pensions pas avoir autant d’émulation parmi les bénéficiaires !

Quelques conseils aux lecteurs de Handiplanet qui souhaiteraient s’inspirer de l’action :

Avant la mise en route, nous avions déjà imaginé un atelier… mais compte tenu du risque de découragement, nous avons mis ce projet d’atelier en attente. Savoir prendre le temps, pour que l’action soit de toutes parts, permet de bien baliser l’ensemble au préalable, de discuter et de se mettre d’accord sur ce que l’on va faire. Outre la question du matériel, il est préférable de penser à une action éducative de fond. Ce suivi est bénéfique pour tous ; certains se sont rendus compte qu’ils allaient avoir des caries ; d’autres n’étaient pas à un tel niveau de compréhension, mais voyant que tous se brossent les dents, que c’est motivant, que l’on rigole et que la séance se fait, le processus s’est déroulé par jeu au début, puis est devenu un automatisme.

Certains ont des pictogrammes dans leur chambre (rincer sa brosse à dent, puis mettre du dentifrice…) et ont été entraînés à se laver les dents depuis des années, ne le faisaient pas si bien mais le faisaient souvent ; ils ont dû acquérir une nouvelle et meilleure habitude. On vise que cela devienne un réflexe, et que le bénéficiaire soit autonome dans le fait de se brosser les dents correctement.

Photo chambre ( résidentiel La Houblonnière ACIS)

Langue d'origine : Français
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