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Accueil La Clarine Le cheval de trait, facteur d'intégration des fermiers de la Clarine, Belgique
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La Clarine
  • Rue dieu d'en bas, 44 7170 Fayt-lez-Manage Belgique
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  • florival
  • clarine@nullskynet.be
  • Ferme de la Clarine


Le cheval de trait, facteur d'intégration des fermiers de la Clarine, Belgique

  • Vie sociale et quotidienne : Autre
  • Europe : Belgique
  • Fiche d'expérience

Par florival le 04/08/2010

La Clarine est née en 1992, à l'initiative d'un groupe de citoyens désireux d'offrir une solution de services innovante aux personnes adultes présentant une déficience intellectuelle dans notre région
I Le Contexte

La Clarine, bref historique

La Clarine est née en 1992, à l’initiative d’un groupe de citoyens désireux d’offrir une solution de services innovante aux personnes adultes présentant une déficience intellectuelle dans notre région (Région du Centre, dans le Hainaut belge). Assez rapidement, le projet pédagogique s’est construit autour d’une activité à caractère agricole, comme principal moteur de la mise en avant du potentiel d’autonomie des personnes. A l’état de projet durant 3 ans, la Ferme de la Clarine a finalement pu ouvrir ses portes en août 1995. D’abord limité à l’accueil uniquement en journée, le dispositif a pu s’étendre en 2002 vers la mise en place d’une petite structure résidentielle (à quelques kms de la ferme) et d’un service de logements supervisés.

- situation juridique et administrative

Aujourd’hui, la Clarine est animée dans le cadre d’une association sans but lucratif dénommée « Champs Libres » (équivalent de la loi 1901 en France) ; son pouvoir organisateur est resté le même depuis 1992 (uniquement des personnes physiques, sans considération d’appartenance particulière) et son objet social est de "promouvoir le droit à la différence, l'éducation, l'épanouissement, la dignité, le respect et le bien-être des personnes handicapées mentalement et physiquement".

Le projet se veut pluraliste, ouvert sur le monde et poursuit également, à côté de ses valeurs pédagogiques, des objectifs militants : changer l’image que les personnes handicapées peuvent parfois inspirer aux personnes non-handicapées et favoriser leur insertion dans la société.

Depuis 2002, le projet bénéficie d’un financement de la Région Wallonne (Agence Wallonne pour l’Intégration de la Personne Handicapée) pour son fonctionnement. Il repose donc avant tout sur des budgets publics.

- La population accueillie

Nous accueillons aujourd’hui une trentaine de personnes adultes, hommes et femmes, présentant une déficience intellectuelle légère, modérée, sévère ou profonde. Le centre de jour accueille 25 personnes, notre hébergement 7 personnes (dont plusieurs également accueillies à la Ferme en journée) et nous suivons 12 personnes en logement supervisé autonome (là également : beaucoup d’entre elles sont également accueillies à la Ferme en journée).

- la situation géographique et les locaux

Notre ferme, cœur historique du projet, est installée à Fayt-lez-Manage, petit village proche de la Louvière, entre Mons et Charleroi (à +/- 40 kms au sud de Bruxelles).
La Ferme dispose de deux ailes et d’annexes pour les activités agricoles. Elle est installée sur un site de 4,5 ha, très campagnard.
Notre maison d’hébergement est installée à La Louvière, à 5 kms de la Ferme (ce qui procède d’une volonté délibérée de notre part, pour séparer les lieux de vie et de travail en journée). Les appartements de nos personnes en autonomie sont disséminés sur un rayon de 6-7 kms autour de la Ferme.



- l'activité qui y est principalement développée

Il faut ici distinguer 3 axes d’action distincts :

1. Le service de jour

L’originalité du projet est d’exercer l’ensemble de ses activités dans un environnement fermier. Culture, maraîchage, petit élevage mais aussi retraitement de certaines ressources de la ferme en produits de consommation et vente sur les marchés locaux, font le quotidien des personnes handicapées au centre de jour.

Depuis l’origine, l’insertion de la personne handicapée dans le milieu social local guide fondamentalement le projet pédagogique de la Clarine et se traduit par la participation active à de nombreuses initiatives à l’intention de la population environnante : marchés locaux, grande fête de l’été, stages à la ferme, accueil régulier d’écoles, de touristes et même d’entreprises Ces initiatives ont bien sûr pour but de renforcer la logique d’intégration de nos « fermiers » en les associant quotidiennement à la vie locale et en attirant un grand nombre de visiteurs à la Ferme. Ainsi, l’accueil de classes vertes, où les personnes handicapées elles-mêmes jouent le rôle de guides, ou encore la vente des produits de la Clarine sur les marchés sont autant d’occasions pour le fermier et son travail d’être positivement mis en valeur. Au service du projet pédagogique, ces initiatives contribuent également à resserrer le tissu social environnant, dans une région à bien des égards défavorisée, et pour laquelle la vie à la ferme représente le plus souvent un monde peu familier. La grande fête de l’été à la Clarine est ainsi devenue l’une des fêtes locales les plus populaires de la région (plus de 1300 visiteurs lors de notre dernière édition en juin dernier).

2. le service résidentiel de nuit

Depuis octobre 2002, l’association a également ouvert un service résidentiel à La Louvière : vu le succès du centre de jour, cette extension de notre prise en charge était souhaitée par la majorité de nos fermiers et / ou de leurs parents / tuteurs. Le projet pédagogique qui guide ce service s’inspire directement de celui mis en œuvre à la Ferme de la Clarine : l’objectif premier reste d’améliorer le potentiel d’intégration de chaque résident dans une formule où sa capacité d’autonomie est mise en valeur, de manière telle qu’on puisse envisager de prolonger sa prise en charge, si cela s’avère possible, par une formule d’hébergement en «autonomie accompagnée».

3. le service résidentiel de transition

Ce service est animé, au départ du service résidentiel de nuit, pour 12 personnes, toutes handicapées mentales adultes. Il consiste à accompagner les bénéficiaires dans leur logement en autonomie, dans le cadre d’appartements supervisés par notre équipe éducative. Il réalise en fait en fait à sa manière une démarche obstinée du conseil d’administration depuis le lancement du projet « Clarine » en 1992 pour renforcer l’axe d’intégration des personnes dans leurs milieux respectifs.


II Finalités


L’idée du cheval

L’idée de départ n’est certes pas venue de nos fermiers. Il nous semblait cependant important de conforter l’inclusion sociale de nos personnes en leur confiant de réelles responsabilités au service des habitants de notre village. Il fallait néanmoins qu’il s’agisse d’une activité qui soit dans la logique de notre métier principal (nous sommes agriculteurs) et qui reste à la mesure des capacités de nos bénéficiaires. Après leur avoir présenté le projet en « conseil des fermiers », ceux-ci étaient partants, et en outre, on avait conscience que l’état d’entretien déplorable des sentiers de randonnée entourant notre ferme jouerait à terme contre notre projet.




Les Objectifs

Le but était triple : d’une part la mise en avant et la responsabilisation de nos fermiers dans le cadre d’une mission de service public au bénéfice de la nature, d’autre part, une socialisation fructueuse de notre équipe au sein du quartier apportant ainsi une nouvelle convivialité et enfin, la mise en avant d’une technique traditionnelle de nos contrées rurales, en réhabilitant le cheval de trait qui n’a presque plus d’utilisation économique en Hainaut.

Pour les fermiers il s’agissait d’un projet collant de près à leur métier au quotidien et en outre, il leur apportait plusieurs nuances intéressantes :

- valorisation de leur travail et mise en évidence du rôle utile de
la personne handicapée dans notre société

- renforcement du caractère attractif de notre ferme visant à
accroître les visites d’écoles et de groupes, à promouvoir le tourisme local…

- sauvegarde d’un patrimoine des techniques agricoles dont, comme
fermiers, nous sommes aussi dépositaires; symbiose entre le cheval et les êtres humains qui peut déboucher sur un dynamisme apaisant.

La synthèse

Ce projet nous paraissait réaliser la meilleure synthèse entre tous nos objectifs :

- protection de la nature dans un environnement général à caractère
industriel et postindustriel pas toujours fort attractif

- changement d’attitude face à la nature et à la personne
handicapée : d’une part, le constat de la population face à l’état alarmant de dégradation de la nature dans notre village nous conduisait à imaginer une façon originale pour changer l’état d’esprit face à une problématique qui paraissait immuable ; d’autre part, il nous paraissait aussi important d’inscrire nos fermiers dans une démarche qui accroisse leurs connivences avec le village ;

- rentabilisation du travail de chacun : entre l’activité rémunérée
avec le rendement qu’ on attend des personnes travaillant en entreprise ou en atelier protégé et l’activité d’un centre de jour, il n’existe en fait aucune tâche valorisante pour les personnes souffrant de handicap. Dans le schéma proposé, nos fermiers se voient attribuer une responsabilité de service public et en outre, ils reçoivent un cheval de la municipalité !


III- L’utilisation du cheval et les travaux

Trois types de travaux sont réalisés avec lui :

1- la municipalité nous a confié la gestion des sentiers de randonnée qui se trouvent autour de notre ferme, ils doivent être débarrassés de tous les déchets, des arbres tombés, des frigos, des appareils..
Nous sommes aussi chargés du revêtement des sentiers avec notre petite carriole. Nous nous sommes vu confier ces travaux, car les gros tracteurs n’ont pas accès aux sentiers de randonnée.
Nous sommes équipés d’un avant train avec une attache de remorque, dans laquelle nous mettons les revêtements pour le sentier, les graviers, et nous rapportons les gros déchets. C’est un travail de service public aux usagers.

2- un deuxième type de travail réalisé avec ce cheval est interne à la ferme.
Nous avons une superficie de ferme de 4 à 5 hectares, nous avons quelques champs à faucher, à faner. C’est un travail que nous effectuons avec l’aide du cheval et quelques matériels agricoles (faneuse, un épandeur à traction chevaline)
Un moniteur d’atelier a suivi une formation, il est responsable du cheval.
Il est possible de transporter quelques personnes sur le train avant à coté du conducteur et donc les associer aux travaux agricoles de la ferme

3 – une troisième activité, lorsqu’il fait beau, que les foins sont faits, est plus ludique. Nous partons avec le cheval attelé sur le char à banc faire une promenade dans les environs.

Notre ferme a aussi, une production agricole, nous sommes présents sur le marché tous les vendredi matin, nous y allons en carriole commerciale pour vendre nos produits, bien sûr avec le cheval qui est aussi une attraction.


IV- Les moyens humains, matériels et financiers

Un moniteur a suivi une formation et le cheval a eu un entrainement au travail de 3 mois chez un déboureur. Le marché avec la mairie a été cheval contre services rendus.
C’est une jument de 10 ans, race de trait ardennais, qui ne nécessite pas de soins particuliers. Elle est ferrée.
La mairie nous a donné un budget de 2000 € avec lequel nous avons acheté l’harnachement. La faneuse nous a été offerte, les dépenses supplémentaires sont sur les fonds propres.

Nous avons du matériel agricole : une faneuse, un épandeur à traction chevaline, un train avant avec une attache de remorque, une carriole commerciale
Le cheval a un box dans la ferme, nous le nourrissons.



V- le bilan

Ce cheval a apporté une dimension supplémentaire à notre ferme. Nous avions déjà la charge d’un cheptel d’animaux, vaches, chèvres, mais le cheval apporte une dimension relationnelle.
Notre présence n’a jamais fait l’objet de friction, la population a soutenu notre projet. Mais la présence du cheval a accentué ce mouvement de sympathie envers les personnes en situation de handicap de la Clarine.

Il nous a apporté aussi une série de réflexes concernant l’écologie. Pour éviter des pollutions liées au moteur à essence, nous utilisons le cheval. C’est une stratégie écologique validée par le conseil d’administration de la Clarine, qui entraine aussi les personnes en situation de handicap dans ce processus de respect de la nature. Nous avons également mis en place un procédé pour le traitement des déchets et nous faisons travailler le cheval dès que cela est possible.

La présence du cheval est remarquée par les visiteurs importants qui apprécient de faire un tour dans la carriole et cela entraîne un courant de sympathie. Lorsque nous allons faire le marché, le cheval est aussi une attraction.
La présence du cheval contribue à l’image de l’établissement à l’extérieur, il donne une visibilité, le plus important c’est qu’il nous intègre à la vie locale. Il nous a rendus populaires.
Langue d'origine : Français
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