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Groupes de paroles sur la vie affective et sexuelle au Foyer les Roseaux, Colonie Franco Britannique de Sillery, France

  • Vie sociale et quotidienne : Vie personnelle et affective
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par CFBS le 04/01/2011

L'accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées se fonde sur la superposition de 2 notions : être adulte et être handicapé, donc certainement vulnérable.

Groupes de paroles sur la vie affective et sexuelle

 

Au Foyer « Les Roseaux »

 

Colonie Franco Britannique de Sillery.

 

 

 

 

 

1. Cadre éthique de l’association et du foyer.

 

Le projet d’accompagnement à la vie affective et sexuelle des résidants s’inscrit pleinement dans les grandes lignes de l’accompagnement des personnes adultes handicapées définies notamment dans 4 textes associatifs :

- La Charte Ethique de l’Association,

- La Charte des Droits, Devoirs et Libertés des Usagers,

- La Prévention des Maltraitances et des abus sexuels,

- Le Projet d’Etablissement du foyer.

 

Il était fondamental d’asseoir ce projet sur les valeurs qui y sont énoncées, particulièrement celles-ci :

         - Les handicapés physiques ou mentaux ont droit à la pleine reconnaissance de leur qualité de personnes humaines ;

         - Ils ont besoin plus que d’autres, d’actions de soin, d’éducation et d’accompagnement pour pouvoir accéder à un confort de vie matérielle, morale et affective ;

         - Il n’y a pas de vie humaine sans relations avec ses semblables ; la relation humaine est forcément bilatérale ;

         - Le respect de l’autre et de soi même a toute son importance dans les relations affectives et sexuelles qui ne peuvent être décidées que par l’individu lui-même ;

         - Le corps et la sexualité ne doivent pas devenir des sujets tabous, puisque l’abord de ces questions est un élément indispensable à toute action éducative et soignante de qualité.

         - Le désir de devenir parent doit être pris en compte et ce choix éclairé en pensant au vécu et au devenir tant des adultes en cause qu’aux enfants à venir.

 

Le cadre éthique général, associatif et institutionnel est clairement posé.

 

L’accompagnement à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées se fonde sur la superposition de 2 notions : être adulte et être handicapé, donc certainement vulnérable. Même si la vie affective et sexuelle relève de la liberté individuelle, leur vulnérabilité est en lien avec leur développement psycho affectif. Notre action s’inscrit dans la recherche de l’équilibre entre leur intimité et la loi, entre leurs besoins et le devoir institutionnel de les protéger.

 

Le projet d’accompagnement à la vie affective et sexuelle a une dimension vraiment institutionnelle, où chacun y est engagé et dont le directeur et le médecin psychiatre sont les garants, chacun selon son domaine d’application.

 

 

2. Etapes de la mise en place.

 

Le foyer a ouvert ses portes en septembre 2002. Il est composé de 36 chambres individuelles, de 2 studios pour accéder à une plus grande autonomie et de 2 appartements pour couples. La mixité et les logements individuels induisaient d’emblée la notion d’intimité.

 

Très rapidement, la question des relations amoureuses et sexuelles a émergé. C’est pourquoi, dès décembre 2002, l’équipe de direction a sollicité le CPS  (Comité de Promotion de la Santé) d’Evry pour travailler ensemble sur un projet d’animation à la santé et à la sexualité. Celui-ci s’est réalisé, grâce au concours d’une infirmière du CPS, en plusieurs étapes :

 

a-      De fin 2002 à fin 2004 : mise en place du foyer.

 

Durant cette période, même si aucune action spécifique n’a été mise en place, le foyer a toutefois pris en compte la dimension affective et sexuelle des résidants :

         - par l’accompagnement personnalisé aux divers questionnements et situations ;

         - en participant à un colloque organisé par les Papillons Blancs ;

         - en constituant une bibliographie ;

         - en mettant à disposition, à l’infirmerie, des revues, brochures, préservatifs…

 

b-     Octobre 2004 :

 

Démarrage de l’action par une formation de 3 jours pour les éducateurs et les infirmières, assurée par une infirmière et la directrice du CPS d’Evry.

 

Cette formation a abordé plusieurs points :

- travail sur les représentations ;

- théorie sur la construction de la sexualité, avec une approche spécifique de l’enfant handicapé ; régulation avec les familles ; procréation ; égalité des droits ;

- contraception ; infections sexuellement transmissibles ;

- comment mettre en place un dispositif au sein du foyer. 

 

Le bilan des trois journées a révélé un besoin important d’élaborer encore et d’établir un langage commun. D’autre part, il fallait aussi retravailler le règlement de fonctionnement qui ne permettait pas que la sexualité soit vécue au sein du foyer.

Cette formation a également permis à chaque personnel de mesurer sa capacité à aborder ce sujet où nous parlons de notre propre expérience.

 

c- Changement de directeur, début 2005 et première mouture du projet :

 

La nouvelle direction a donné dès lors un positionnement clair quant à la possibilité d’avoir une vie affective et sexuelle au foyer. Le CPS a été sollicité à nouveau. L’équipe s’est réapproprié le projet, l’a retravaillé tranquillement durant toute l’année 2005. Cette période de latence a été nécessaire et indispensable pour construire concrètement le projet.

 

Cela a abouti à une première mouture, expérimentale, qui proposait la mise en place d’une première série de 5 groupes de paroles, durant l’hiver 2005-2006, de 2 heures chacun, animés par l’infirmière du CPS, la psychologue et 2 éducateurs du foyer, sur des thèmes choisis par les résidants : le corps et le schéma corporel ; la relation amoureuse et sexuelle ; les risques d’infection (à l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le SIDA) ; la contraception féminine.

Lors de ces premiers groupes, le cadre a été explicité aux résidants : liberté de participation et de parole ; garantie que les propos ne seraient pas divulgués ; adaptation du contenu de chaque séance selon les participants ; supervision du médecin psychiatre ; pas de prise de notes durant les séances ; possibilité d’entrer ou de sortir en cours de séance. Chaque séance a fait l’objet d’une reprise par les animateurs, sur les difficultés rencontrées, les réajustements à apporter. L’ensemble des informations (générales et non individuelles) était repris en réunion d’équipe pour une élaboration commune.

 

A l’issue de cette première étape de cinq séances, une partie de l’équipe et la psychologue ont retravaillé le projet pour une version définitive. Celle-ci a été validée par le directeur de l’établissement, garant du projet d’établissement, et le médecin psychiatre, garant des soins. Furent ajoutées quatre dernières séances de formation avec l’infirmière pour élaborer des outils adaptés, tisser un réseau partenarial, se doter de matériel de démonstration, d’une documentation.

 

 

3. Présentation du dispositif :

 

3.1. Les objectifs :

 

            - répondre aux questionnements des adultes accueillis au foyer sur leur corps, leur vie affective, pulsionnelle et sexuelle.

            - offrir un lieu et des temps consacrés à la formation, l’information, la prévention, adaptés au développement psycho affectif de chacun ;

            - offrir un espace d’élaboration, d’échange, de partage, de soutien et d’étayage pour permettre aux personnes handicapées de mettre au travail des éléments plus personnalisés ;

            - adapter les outils de formation, les échanges, les informations aux participants ;

            - contribuer au bien être et à l’épanouissement des personnes.

 

3.2. Cadre de fonctionnement :

 

            - travailler en équipe et en lien avec le médecin psychiatre ; l’engagement des professionnels à se questionner sur leur pratique est fondamental ;

            - rendre compte des actions menées ;

            - faire un travail d’analyse, de réflexion et d’élaboration sur les situations vécues, les ressentis, les difficultés :

Après chaque séance, pour les trois encadrants ;

Avec le psychiatre environ tous les deux mois ;

Avec la formatrice du CPS chaque fois que de besoin ;

Par des retours en réunion d’équipe médico psycho éducative ;

Par un bilan annuel qui permet l’évaluation de l’action.

            - poser des références claires en matière de confidentialité (liberté de parole, non divulgation des propos, des émotions, tant des résidants que des encadrants ; pas de prise de notes) et de secret professionnel (dans la limite de certaines confidences dont la gravité – maltraitance subies ou commises – nous amènerait à intervenir)

 

3.3. Dispositif :

 

            - Groupes de paroles sans limite de participants ni obligation ; tous les derniers mercredis du mois, de 20h30 à 21h30 environ ;

            - Mixité du groupe posée dès le départ ; possibilité de faire des groupes réservés aux femmes ou aux hommes, selon le thème retenu et à leur demande ;

- Le lieu : doit être reconnu et respecté de tous. Les séances se déroulent dans la salle d’activité qui est réservée à ce seul usage là.

 

3.4. L’encadrement :

 

            - Il se fait par deux personnes au moins (la psychologue et un ou deux éducateurs), afin de faire jouer le rôle de tiers, indispensable pour une prise de recul et une meilleure analyse. Cela garantit aussi la protection tant des usagers que des encadrants.

 

 

3.5. Les sujets :

 

Ils ne sont pas limités, à priori, mais là aussi une grande attention est portée selon le thème retenu. Il peut y avoir contre indication du médecin psychiatre pour y participer. Ce n’est pas posé comme un interdit mais comme une précaution, en lien avec la problématique du résidant. Problématique pouvant être abordée dans un autre cadre que celui du groupe, en entretien individuel notamment.

Les sujets sont multiples : le corps et son développement, la rencontre amoureuse, le désir, faire l’amour, les interdits, la loi, la masturbation, les fantasmes, la pornographie, la contraception, le désir d’enfant, l’homosexualité, l’avortement, les aveux…

                       

           

4. Bilan et perspectives

 

 

Depuis septembre 2006 et jusqu’à ce jour, le projet a été poursuivi dans sa forme initiale, faisant toujours l’objet d’un très grand intérêt de la part des résidants et semblant adapté à leurs besoins.

 

Entre 8 à 10 séances ont eu lieu chaque année.

Les groupes variaient de 3 à 10 participants ; certains résidants venant à chaque séance ; la plupart en fonction du thème abordé. D’autres refusant toute sollicitation des éducateurs.

 

è Tous les ans, la psychologue présente en réunion médico psycho éducative, un bilan où elle évoque les thèmes abordés, le nombre de participants et leur nom, les supports utilisés, les observations globales quant à la participation de chacun, une évaluation de l’action menée. Ce qui n’empêche pas des bilans intermédiaires autant que de besoin.

 

è A partir de ses informations et celles des éducateurs participants aux groupes de paroles, nous retravaillons le projet en réunion d’équipe médico psycho éducative, afin de vérifier s’il se poursuit à l’identique ou s’il nécessite des réajustements, si le personnel doit entreprendre une formation complémentaire, s’il faut réadapter les outils, comment le faire évoluer…

 

è Il est difficile de mesurer ce que les groupes de paroles apportent à chacun car il s’agit moins de faire une évaluation quantitative (celle-ci est faite à l’occasion des bilans annuels) que qualitative (mieux être, réassurance, meilleure perception du corps, baisse des tensions, meilleure relation à l’autre…). Ici, nous touchons au développement psycho affectif des résidants, à leur intimité, à leurs besoins, à leurs désirs, leurs peurs, leurs fantasmes… aux réponses qu’ils reçoivent et à ce qu’ils en font. Eux seuls seraient en mesure de dire ce que l’équipe apporte sur ce sujet précis. Toutefois, nous pouvons affirmer que la vie amoureuse et la sexualité ne sont plus des sujets tabous au foyer ; que l’une et l’autre s’y vivent normalement, avec une attention discrète de l’équipe médico psycho éducative, sans voyeurisme ni intrusion.

 

Le « succès » de cette action s’appuie également sur le fait que les parents – à travers le CVS – ont été informés du projet. Pourtant, certains d’entre eux craignaient qu’aborder la sexualité, allait « donner des idées ». Or nous savons que les idées n’attendent pas la permission pour se transformer en désirs ; les pulsions sexuelles encore moins. Que les sentiments et la sexualité font partie intégrante d’une vie d’Homme et qu’à ce titre, il vaut mieux éduquer qu’interdire.

 

Il y a maintenant plus de 4 ans qu’ont eu lieu les premiers groupes de paroles. Nous sommes convaincus de devoir les poursuivre encore. Les thèmes sur notre condition humaine sont inépuisables… Des thèmes, encore tabous aujourd’hui nécessitent la réflexion et l’engagement des institutions, telle la question de la parentalité des handicapés mentaux.

 

                                          Agnès FRANCART, adjointe de direction, juin 2010.

 

Langue d'origine : Français
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