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Repas dans le noir, se restaurer sans y voir, SAVS Du côté de chez soi, France

  • Travail et activité : Activités de jour
  • Europe : France
  • Fiche d'expérience

Par troussel le 06/08/2010

S’ouvrir à un autre handicap, celui de la cécité en allant dîner au « restaurant dans le noir », que tiennent des personnes non-voyantes. Une expérience qui peut bousculer et qui nous invite à faire appel aux autres sens : le toucher, la parole, l’ouïe, le goût.

Le contexte
Du coté de chez soi, un service d’accompagnement à la vie sociale et un service de suite de l’association les Amis de l’Atelier à Marcoussis dans l’Essonne, accompagne 53 personnes en situation de handicap mental et psychique en deux services, un service en foyer éclaté et un service de suite.
Le service de foyer éclaté de 25 studios répartis sur 5 pôles permet à chacun d’avoir un chez soi et de bénéficier d’une pièce collective. L’équipe éducative accompagne individuellement les personnes dans leurs tâches quotidiennes. Au service de suite les personnes vivent dans leurs appartements en habitat diffus, plus autonomes elles bénéficient d’un accompagnement adapté.
Des activités sont proposées par l’équipe éducative, le mercredi soir, le weekend, des ateliers sont réguliers : poterie, danse, chants. Des projets particuliers sont organisés, dans ce cadre plusieurs sorties ont eu lieu à un bar- restaurant géré par des personnes non-voyantes qui proposent de prendre une boisson ou un repas dans le noir, en étant ainsi dans la condition des personnes aveugles.

Voir au delà
Notre culture est basée particulièrement sur le visuel, l’image occupe une place très importante et nous négligeons souvent nos autres sens. Un des objectifs en participant au repas dans le noir est de s’éveiller à nos autres sens : le toucher, l’ouïe, la parole, le goût. Dans 90% des situations nous utilisons en priorité la vue, les autres sens ne sont sollicités que dans 10% des situations.
Pour certains résidents des difficultés de vue apparaissent avec l’avancée en âge, prendre un café, dîner dans le noir est aussi une forme de découverte d’un monde différent mais proche et par là d’accepter davantage son propre handicap.
Cette expérience vise aussi une meilleure insertion dans la société permet de vivre du neuf, de l’inconnu, de faire partager le goût de la découverte, d’éveiller aux richesses promues par notre société.

Ne rien voir
Avant d’aller à ce « restaurant dans le noir » dans le 4ème arrondissement de Paris, des exercices de mise en situation ont été réalisés au Savs pour familiariser les résidents à l’obscurité. A l’aide de foulards qui obscurcissaient la vue, nous avons fait des exercices : écouter les bruits, les voix, manger et rechercher le nom d’un aliment, marcher dans le noir seul ou à la queue leu leu.
Ayant pour ma part déjà vécu cette expérience, j’ai pu leur faire part des inquiétudes vécues.
Les résidents participants ont adhéré au projet de manière éclairée, ils étaient prêts à vivre cette expérience, sachant également qu’ils avaient la possibilité de sortir si cela leur était trop difficile à vivre.


Plusieurs groupes de personnes du SAVS sont allés au « restaurant dans le noir », pour prendre une boisson et un groupe de 6 résidents est allé diner.
Les serveurs non-voyants nous accueillent chaleureusement dans une pièce peu éclairée, là nous commandons les boissons ou le repas. Un cocktail avec ou sans alcool nous est servi. Des menus sont proposés, il est aussi possible de prendre un repas surprise en choisissant une couleur bleu, blanc, rouge.
Puis un serveur nous accompagne en file indienne, dans la salle de restaurant totalement dans le noir. Il conduit le groupe devant la table lui fait toucher la chaise et fait asseoir chacun. Chacun ayant trouvé sa place autour de la table, nous cherchons à nous toucher les mains, nous raccrocher à une réalité connue, à savoir qui est à coté de nous.
Malgré toutes les difficultés, nous parvenons à trinquer sans catastrophe.


Dans le noir nous parlons fort, est ce pour combler le manque d’un sens ? Au fur et à mesure le ton baisse, pour certains l’expérience est difficile, ils demandent à sortir.
Tout le groupe a pris un menu surprise, personne ne sait donc ce qui va lui être servi, le repas est alors l’occasion de découvrir de manière nouvelle les aliments : qu’ai-je dans mon assiette et que je suis en train de manger ? Est-ce une viande blanche ou du poisson ? Parfois la réponse est rapide, des goûts sont facilement identifiables, parfois le goût bizarre ne dit pas son nom. Et a-t-on le droit de manger avec les mains, lorsque coordonner fourchette, couteau et morceau récalcitrant dans l’assiette devient difficile ?


Se déplacer dans le noir sans rien voir, ne plus avoir ses repères, trouver son verre puis le poser sur la table sans tout renverser et s’apercevoir que progressivement se développe une attention aux gestes, aux bruits.
Une conversation avec les personnes de la table voisine s’est engagée, elle n’aurait peut être pas eu lieu si nous n’avions pas été dans cette situation d’obscurité totale.
Les serveurs non-voyants vont et viennent dans le restaurant au milieu des obstacles, et font notre admiration. Des prénoms sont mémorisés, ils savent à qui servir le plat, leur écoute, leur attention est vraiment développée.

Quelques moyens
Deux éducateurs accompagnaient le groupe de x résidents.
Le prix du menu est de 44 € par personne, chaque résident a participé pour un montant de 10 €
Pour la préparation se munir de foulards

Evaluation
La préparation par une mise en situation, les discussions engagées avec les participants, avant d’y participer ont permis aux résidents de vivre cette expérience avec sérénité.
Les résidents ont été moteurs de cette expérience, par un partage entre eux sur leur vécu, le groupe s’est pris en main, j’étais là pour les aider la réaliser.
Cette expérience a marqué les participants, ils ont vécu une soirée inhabituelle qui pouvait être inquiétante, une rupture avec le connu, une perte de repères, ils ont vaincu une peur.
Une participante dans le déplacement a manifesté de la crainte, mais lorsqu’elle a été assise, nous avons pris le temps de parler, elle a ensuite bien vécu la soirée.
Toute personne peut y participer, mais une libre adhésion à ce repas dans le noir est nécessaire.
D’autres activités sont proposées au restaurant dans le noir lectures, concerts, auxquels à l’avenir les résidents continueront l’expérience
Langue d'origine : Français
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