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Un mariage accompagné par l'AEFAC

  • Inclusion : Accessibilité
  • Afrique : Burkina Faso
  • Témoignage

Par Celine Sawadogo le 31/08/2016

L'association AEFAC, dans le cadre des soutiens qu'elle assure auprès des enfants et adultes d'Ouahigouya, a eu l'occasion d'accompagner une démarche de mariage d'une personne ayant une déficience intellectuelle. Céline Sawadogo nous livre son témoignage.

Témoignage de Mme Céline Sawadogo


Djibril est un adulte que nous accompagnons depuis 2007. Et voilà, en 2012, qu’il trouve une femme. Une femme avec qui il voulait construire un foyer. Il avait entendu parler d’elle et comme elle était dans un village, un peu loin d’Ouahigouya, il a fait des plusieurs visites pour faire connaissance jusqu’à ce que ça lui convienne. 


Il a alors fait les démarches du mariage, puisque les parents lui ont donné l’autorisation de venir faire ce mariage avec leur fille. 
Il avait remarqué que sa future femme avait un handicap. Mais il n’était pas très lourd. Il s’est dit alors pourquoi ne pas en faire ma femme. Il a lui-même une déficience intellectuelle.  Il s’est dit qu’ils pouvaient quand même vivre ensemble. Et comme c’est un chef de ménage en plus, il ne pouvait que prendre une femme pour qu’elle puisse s’occuper au moins de sa grand-mère. 


Le chef de ménage est un jeune qui fait tout dans la famille. Il vit depuis longtemps avec sa grand-mère parce que son papa a pris une autre femme. Il est parti sur Ouagadougou. Compte tenu de son handicap, le papa a refusé de la reconnaître et la maman a pris la fuite aussi. Il vivait donc seul avec sa grand-mère pour laquelle il faisait tout. Quand il se lève le matin, il est obligé de donner quelque chose à sa grand-mère pour qu’elle puisse faire la cuisine. Il la quitte alors pour revenir le soir, et manger et dormir. 
Depuis 2007 qu’il connaît l’association, il vient passer la journée chez nous et il repart le soir. C’est pendant la saison pluvieuse qu’il va cultiver le champ de la famille pour pouvoir subvenir à ses besoins. Il cultive du mil et du haricot. Avec ces produits, il gagne de quoi nourrir et il ajoute un peu pour la grand-mère qui prend ses repas avec lui. Il est très responsable. Etant célibataire, il était déjà chef de ménage, avec une famille à charge. 


Il est donc allé demander la main de sa future épouse. Il ne l’a pas obtenu facilement car il a fallu attendre que les parents soient sûr qu’il veuille vraiment de leur fille, elle aussi en situation de handicap. Ils ne savaient pas si ce monsieur allait supporter leur fille. Il a fallu des démarches et des démarches pour aboutir. Avant même d’aller dans la famille, à chaque fois il venait me dire ce qui se passe là bas. Et je vous avoue que ça n’a pas été facile. Même dans la cour où il habite, il n’y avait personne qui puisse l’accompagner pour faire ces démarches pour avoir la fille.  
Chaque fois qu’il venait m’expliquer, je lui disait : « non, ne t’en fais pas, on est là , même si la famille n’est pas là pour t’accompagner, nous en tant que parents proches – que nous sommes devenus- nous sommes là pour t’accompagner jusqu’au mariage. »
 Et c’est ce que nous avons fait. On l’a accompagné jusqu’au mariage. On a cherché d’abord quelqu’un qui l’a accompagné pour faire les salutations, on a cherché quelqu’un pour aller connaître les parents, on a cherché quelqu’un pour aller voir ce qui doit se passer le jour du mariage. On a même loué un car et une voiture pour pouvoir l’accompagner dans sa belle famille. Les gens d’ici disaient ; Ah, celui là , son mariage ne sera pas facile ». J’ai même cousu des tenues pour chaque maman dont l’enfant fréquente le centre. Chaque maman a reçu la tenue pour pouvoir être là le jour du mariage. Et moi-même j’étais en tenue, en uniforme pour l’accompagner faire son mariage. En plus de ça sa grand-mère a été de la partie, avec la tenue ! Le jour où je suis arrivée chez la grand-mère, j’ai dit : voilà c’est ta tenue pour le mariage de ton fils, en réalité son petit fils, mais elle le considère comme son fils , car le père parti à Ouagadougou, on l’a oublié même ici, donc il ne fait même plus partie de la vie de la grand-mère. 


Et ce jour, je l’assure la grand-mère a versé des larmes quand elle prenait l’habit que je lui remettais. Elle me disait : « aujourd’hui, je sais que si je meurs, j’aurai une tombe comme les autres mamans, parce que je sais que j’ai des gens qui pensent à moi ». Et elle ne faisait que verser des larmes. Elle m’a alors avoué qu’elle ne savait même pas que son petit fils Djibril allait se marier. Il lui avait tout caché. Jamais elle n’aurait  pensé à un mariage pareil ! 
Quand nous avions été dans le village pour préparer le mariage, on a envoyé une valise d’habits, on a envoyé tout le nécessaire pour faire le mariage. Il s’est passé à la mosquée et les gens disait que c’était la première fois qu’ils voyaient un tel mariage. C’est vrai que c’était des personnes en situation de handicap mais ce mariage était tellement bien préparé que personne ne s’y attendait. Chacun voulait sortir voir quel mariage était célébré ici. Ils étaient tous étonnés. L’AEFAC a mobilisé ses cantinières. Elle ont fait du riz, elles ont fait du bissa. On a bien mangé, on a bien bu et les mamans ont bien dansé. Dans le car, on chantait en partant. Quand on est revenu ici, elles ont fini les restes. Il y a eu tout, de la danse, des photos, tout le monde était content. Et la grand-mère qui ne pouvait pas bien marcher a même dansé. Chaque mot qu’elle prononçait était suivi de larmes.

Vraiment c’était un bon, un très très bon mariage, celui de ces deux personnes en situation de handicap mental.    

Langue d'origine : Français
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